Le pilón est un rythme dont le nom est apparu en 1960, créé bien des années auparavant par Esmerido "Lolo" Ferrera, batteur de l'orchestre Chepín-Chóven de Santiago de Cuba. Ce style est en effet lancé commercialement par les compositions d'Enrique Bonne, percussionniste de Santiago, enregistrées par son ami Pacho Alonso. A son tour, Pacho Alonso signa une des compositions les plus connues du style : "Rico Pilón". L'une ou l'autre de ces deux personnes ne peuvent être donc créditées de l'invention du rythme pilón. Pacho Alonso, résidant à La Havane depuis 1954, enregistre un premier ritmo pilón (Se tambalea) avec Bebo Valdés, en 1960 (avec le jeune Chucho Valdés au piano!) et postérieurement avec 'Los Bocucos'. La première composition de Bonne enregistrée au sein de cette formation fut "Baila José Ramón" (1964) ; on ne peut dire comme le fait Radamés Giro que ce fut le premier pilón enregistré . Au sein des Bocucos le ritmo pilón était réparti entre les timbalés jouées par "Chino Pichón" et les tumbadoras de "El Kengui". Il semble bien que c’est à ce dernier qu’on doive la figure rythmique de la tumbadora dans le pilón, cet instrument ayant été introduit dans un second temps par rapport au rythme créé par "Lolo" Ferrera à la batterie seule. Fut ainsi obtenu un partage du rythme entre la batterie ou les timbalès d’une part et les tumbadoras d’autre part. Dans les Bocucos, on verra même deux congueros jouant simultanément comme le montre un enregistrement télévisé de 1965.

Le rythme pilón est apparenté à la conga, rythme du carnaval cubain. On y retrouve à la fois une syncope analogue à celle d’un tambour bimembranophone de la « conga orientale » de Santiago - appelé précisément "pilón" (!!!) - et l’accentuation anticipant le quatrième temps de la « conga occidentale »). Il partage cet apparentement à la conga cubaine avec le rythme Mozambique de Pello El Afrokan apparu peu après lui.

Cette parenté s'explique probablement par les liens nombreux de "Lolo" Ferrera avec la Conga de défilé de son quartier (Los Hoyos). Il assistait régulièrement aux répétitions de celle-ci (1) et a systématisé dans son jeu de batterie le placement particulier d'une syncope rythmique de la conga orientale qui constituait une marque quasi-identitaire. Cette marque de fabrique de "Lolo" était tellement inséparable de son jeu que les musiciens de La Havane, tels ceux de l'Orquesta Riverside, appelaient ce dernier "Pilón"! (source : interview personnelle de Silvio Ferreira, fils de Lolo).

Le ritmo pilón est d'abord joué à la batterie et sans tumbadora, sans connaître d'abord de danse spécifique. La danse "pilón", avec son déhanchement suggestif et - sur l'un de ses pas - une évocation érotisée de l'utilisation d'un pilon - ne viendra dans un second temps par rapport à la création du rythme musical et semble liée à une diffusion commerciale ultérieure.

Ce n'est en effet qu'avec les années 60 que le ritmo pilón connaîtra le succès commercial, sur la base des compositions du percussionniste Enrique Bonne créées par Pacho Alonso, lequel avait alors sa formation, les "Bocucos". Tous deux étaient d'ailleurs déterminés a créer une vogue à l'instar des "inventeurs de rythmes" cubains des années 40 et 50

Il est fort possible que la partie de tumbadora ait été créée au sein des Bocucos. Le ritmo pilón se partageait entre les baguettes du timbalero "Chino Pichón" (à qui il revient d'avoir transporté le golpe pilón à La Havane) et les mains nues de "Kengui", qui joue la partie de tumbadora.

La vogue étant créée, d'autres orchestres de l'île, en particulier 'La Sonora Matancera', s'emparèrent également du rythme. Le ritmo pilón a été repris dans les années 90 par Pachito Alonso, fils de Pacho, et Orlando "Maracas" Valle lui a rendu hommage dans un récent CD. Le style de danse pilón, avec son déhanchement et un saut syncopé avec ouverture des bras simultanée sur le quatrième temps (« un, dos tres, pi-lón ! »), est postérieur à la création du rythme musical. Un pas de pilón, où on rejette un bras – et le pied correspondant - en arrière, s'intègre aujourd'hui à la danse casino (« salsa cubaine »), en alternative au pas de base de la salsa.

Source : Daniel Chatelain - http://www.ritmacuba.com/pilon.html


Pilon y Mozambique. Bailes de Salon Cubanos. Gladys y Antonio

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Cubafolk. Conjunto Folklorico Okantomi

79


Ballet Folklorico de Camaguey

83


"Que rico pilon" par Pacho Alonso y las D'Aidas
Extrait du programme "Bailables de noche buena" de 1965.

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